• En amour, ni pourquoi, ni promesses, ni contrat, ni loyauté

     

     

    L'amour, c'est tout sauf ça.

    Divers cadres sont construits autour de l'amour, pour le matérialiser, l'identifier, le quantifier...

    Mais l'amour reste ce qu'il est : insaisissable, cruel, irrationnel, et déloyal.

    Parfaitement, déloyal.

    On voudrait que l'amour obéisse à des règles morales, voire à des règles matérielles et administratives.

    L'amour n'obéit à aucune règle.

    Il existe ou il n'existe pas, il n'est pas présent à moitié, il ne se mesure pas en temps passé, en pourcentage, il est là, ou il n'est pas là.

    On voudrait que l'amour respecte et épargne les sensibilités de chacun.

    Les fiançailles, le mariage, le pacs, plus récemment, sont des cadres qu'on peut donner à l'amour.

    On se promet, on se jure, on signe un contrat.

    On s'engage.

    On se donne des garanties.

    Mais l'amour saura passer entre les mailles du filet, quoi qu'il arrive, s'il en ressent le besoin. Pour des bonnes raisons.

    Ou pour aucune raison précise.

    Ce n'est pas être pessimiste et aigri vis-à-vis de l'amour que de constater tout ça.

    Au contraire, bien comprendre ce qu'est l'amour, ce qu'il implique, accepter sa fragilité, c'est le vivre plus intensément encore.

    Je me souviens ma première grande histoire d'amour. J'avais 21 ans.

    Les frissons, la magie, cette sensation de plénitude, un enthousiasme qui prend aux tripes, l'impression que le monde est soudain devenu beaucoup plus beau...

    Cette histoire n'aura pas duré un an, et pourtant, j'ai mis deux ou trois ans à m'en remettre.

    J'étais jeune, novice.

    Mais surtout, j'avais cette vision d'un idéal, d'un amour fou, passionnel, dévorant, balayant tout sur son passage, jusqu'aux liens sociaux, pour faire un vide intersidéral tout autour.

    Nous nous jurions notre amour, attendant l'un de l'autre la promesse de rester ensemble toute notre vie, jusqu'à en paniquer.

    Tout ça pour voir notre histoire se terminer en queue de poisson, cet amour passionnel étant finalement ingérable.

    Elle me quitta, et je lui en voulus bien sûr terriblement.

    J'étais dévasté.

    J'étais bien sûr la victime, et elle la coupable.

    Forcément, celui qui part, c'est celui qui crucifie l'autre.

    Je me sentais trahi, sali.

    Et ses belles paroles ? Ses promesses ? Et nos projets ?

    Elle était devenue du jour au lendemain un monstre impitoyable.

    Il m'a fallu deux ou trois ans pour vraiment faire le deuil de cette histoire. Le chagrin d'amour, bien sûr, mais pas seulement. Deux ou trois ans pour me reconstruire une vision de l'amour, une confiance en moi.

    Parce qu'on doute de soi, quand on est quitté. Qu'a t-on fait de mal ? Peut-être n'étais-je pas à la hauteur ?

    Alors que ce n'est jamais la faute de l'un ou de l'autre. C'est terminé et puis c'est tout.

    Ce questionnement, il faut peut-être le vivre, pour mieux comprendre ce qu'est l'amour, du moins ce qu'on en attend.

    Des années après, je considère que ce chagrin d'amour m'a fait avancer, car je me rends compte de l'inconsistance de ma vision de l'amour d'alors.

    Peut-on parler d'erreurs ? Il faut parfois se casser les dents pour avancer.

    J'ai ensuite été en couple plusieurs fois, périodes entrecoupées d'aventures légères et furtives, et j'ai encore appris.

    Peut-on dire que l'amour s'apprend ? J'ai tendance à penser que oui.

    J'aime ma chérie plus encore qu'à nos débuts. Je crois n'avoir jamais été aussi amoureux. Un amour fait de tendresse, de désir, de complicité, de compréhension de l'autre. Un amour plus mature, aussi.

    Chacun vivra ses différentes histoires de coeur, il n'y a pas de modèle.

    Il y a ceux qui se rencontrent à seize ans et restent ensemble toute leur vie, sans l'ombre d'un nuage.

    Il y a ceux qui mettent vingt ans à trouver une personne qui leur correspond vraiment.

    Il y a ceux qui vont d'histoires en histoires, sans jamais réussir à se poser, cherchant toujours l'autre, tout en se cherchant eux-mêmes.

    Il y a ceux qui se trouvent, se jurent fidélité, et s'en remettent totalement à l'autre.

    Il y a ceux qui n'ont aucune envie de se " caser " avec quelqu'un , considérant que la vie est une multitude de rencontres, d'amourettes.

    Il y a ceux qui sont entre les deux, amoureux sincères, mais ne se refusant pas des amourettes en annexe.

    Dans tous les cas, l'amour n'est jamais garanti.

    Il n'y a jamais de victime et de coupable.

    Il y a parfois des personnes qui n'en aiment plus d'autres, et qui s'en vont.

    On pourra toujours chercher qui n'a pas bien fait ci ou ça, qui a manqué à ses devoirs, qui n'a pas respecté l'engagement.

    L'amour est au-dessus de toutes ces considérations.

    Quand on n'aime plus, on ne se demande pas pourquoi.

    Et quand on aime... On aime.