• Etre son propre héros

     

    Moi, j'étais très Superman, quand j'étais tout jeune. Puis Batman. En grandissant, ce sont des stars du sport qui m'ont fasciné... Ayrton Senna, Alain Prost, Roger Federer, pour ne citer qu'eux.

    Des acteurs, Charlie Chaplin d'abord. Lino Ventura, Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, qui jouaient dans ces films policiers que mes parents regardaient encore et encore. Des comiques aussi, tels Pierre Richard et Louis de Funès dont j'enviais la pitrerie, moi qui étais si timide.

    Des chanteurs, Michael Jackson, Prince, Sting, Nirvana, U2... Leur musique, leur style, leur aura, sont dans ma tête pour toujours.

    Enfin, en m'intéressant aux sciences humaines au sens large, j'ai éprouvé une grande admiration pour Pierre et Marie Curie, découvrant leurs travaux dans de grosses encyclopédies. J'ai dévoré les récits de Marco Polo, m'imaginant avec lui, dans les steppes de Mongolie.

    Nous nous inspirons tous les uns des autres. Et forcément, ce sont ceux qu'on voit à la télévision, dans les livres, qui nous passionnent le plus.

    On s'identifie à eux, on s'imagine à leur place.

    Parfois, on voudrait suivre leur voie, faire tout comme eux.

    En les aimant, on essaie de s'aimer soi-même.

    Certains y arrivent très bien, d'autres non...

    C'est peut-être le problème de notre époque. Nous sommes mis en concurrence, dans tous les domaines.

    Dès l'école, il faut avoir la meilleure note pour rendre fier Papa et Maman et pouvoir se moquer du cancre.

    Et ça continue sur le marché du travail, diplôme en poche ou non. Toujours devoir faire ses preuves, dépasser le rival, l'ennemi. Il faut être meilleur que l'autre.

    On n'y arrive pas toujours. Alors on se renferme sur soi-même. On repense aux héros de notre enfance, ceux-là même qui ont tout réussi, vivant pleinement leur rêve.

    Ils nous stimulent et nous découragent à la fois. Ils sont tellement doués, sur leur piédestal. Quand moi, je ne suis qu'un anonyme qui n'a pas leurs dons.

    Je n'y arriverai jamais. Je ne suis pas à la hauteur. Ce n'est pas pour moi. Je n'ai pas de talent. Je n'ai pas le physique de l'emploi. Je suis trop petit. Je suis trop gros. Je suis trop maigre.

    C'est si facile de sombrer dans l'autoflagellation.

    On perd aussitôt l'estime de soi. On réfléchit à pourquoi on échoue, au lieu de réfléchir à comment on peut réussir.

    Il faut pourtant s'aimer soi-même. Car s'aimer soi-même, c'est aimer les autres.

    Rien à voir avec de l'égocentrisme primaire.

    Eprouver de l'amour pour soi-même aide assurément à éprouver de l'amour pour autrui.

    L'inverse est tout aussi vrai. Se détester soi-même, c'est la voie royale pour détester les autres.

    Que faire alors ? Notre société moderne, tellement basée sur l'apparence, sur l'immédiateté, est impitoyable.

    Elle est pourtant exactement ce qu'on en fait. Un monde avec des stars qui nous font rêver et déprimer à la fois.

    Un monde avec une poignée de héros inaccessibles d'un côté, une foule de tristes anonymes de l'autre.

    Un monde construit sur la frustration et la jalousie.

    Moi, j'en ai marre des héros de mon enfance. Je les aime encore, et je les aimerai toujours. Mais je ne veux plus qu'ils me freinent. Je ne veux plus qu'ils me découragent.

    Je veux de nouveaux héros. Des héros dont on ne connait pas le nom. Héros parce qu'ils parviennent à être eux-mêmes, au nez et à la barbe de tous les critères imposés par notre société trop cadrée.

    Mes nouveaux héros, ce sont ceux qui vivent leur vie sans rien demander à personne, en croyant en leur potentiel, en ressentant un véritable amour pour eux-mêmes. Faisant cela, ils se mettent à aimer fort les autres. Ils finissent par aimer le monde, aussi imparfait soit-il.

    Ils rayonnent, diffusant leur bonheur autour d'eux. Ils irradient tout ceux qui les approchent, les subliment.

    Je veux être mon propre héros, pas infaillible, pas invincible, pas parfait. Juste entièrement vivant, conscient de mes qualités et de mes défauts, en jouer, et vivre.

    Je veux être mon propre héros, capable de me projeter spontanément, sans jamais me détester parce que j'échoue. On n'échoue jamais quand on s'aime. On recommence. On se renouvelle. On se réinvente.

    Je veux être mon propre héros, pour m'aimer chaque jour un peu plus, et aimer aussi fort tout ce qui vit autour de moi.