• Le gentil automobiliste face au méchant papa et ses marmots

     

    La vie est dure pour un automobiliste : il faut regarder les panneaux, les comprendre, s'arrêter au feu, au stop. Respecter les limitations de vitesse. Regarder dans son rétroviseur. Faire attention aux cyclistes. Faire attention aux piétons.

    Oui, ceux-là, ce sont les pires pour un automobiliste.

    Ils sont lents. Parfois ils traversent les routes. Sans même courir ! Ils marchent. Lentement.

    Aujourd'hui, j'ai fait partie de ces sales piétons qui osent mettre un pied sur la route sacrée de l'automobiliste-roi.

    Pire encore, j'avais avec moi une poussette, avec deux marmots dessus.

    Ce qui me rendait encore plus lent qu'un piéton classique.

    Quand on pousse une poussette ( forcément ), on se rend compte des nombreux trottoirs défoncés, pas droits, ou encore obstrués par des voitures mal garées et des poubelles.

    Alors on va volontiers sur la route.

    Aie aie aie.

    Dans cette petite rue bien étroite, je serre à gauche, pour ne gêner personne.

    Pas suffisamment pour ce gentil automobiliste, qui semble me dépasser péniblement. ( Alors qu'il y a largement la place, mais peut-être aurais-je dû me jeter, avec la poussette et mes marmots dans un fossé pour lui libérer la voie. )

    Il donne rageusement un coup d'accélérateur en passant à côté de moi.

    Puis il se gare.

    Je l'interpelle spontanément : " Vous étiez obligé, le coup d'accélérateur ? "

    Il sourit jaune et me répond : " Bah oui vous avez un trottoir pour les piétons ! "

    Je souris jaune à mon tour en lui montrant la gueule du trottoir.

    Cela l'indiffère, bien sûr.

    Il me lance en réponse : " Si tu veux te faire écraser avec tes gosses, ça te regarde ".

    Je rétorque : " Oui par des mecs comme toi qui accélèrent rageusement ".

    Il conserve son sourire jaune et finit : " C'était un avertissement, pour la prochaine fois ".

    Je le félicite : " Super état d'esprit, bravo ! ".

    On en reste là.

    Non, en fait je me retourne vers sa copine assise à côté de lui : " Pas de chance d'être avec un con pareil ".

    Oui, j'aurais pu me passer de cette tirade pas glorieuse. Bah non je ne suis pas parfait. Moi non plus.

    J'essaie au moins de faire preuve de bon sens.

    Le bon sens, pour moi, c'était d'éviter le trottoir obstrué. C'était de serrer à gauche pour ne gêner aucun véhicule.

    Ce n'était pas suffisant pour l'automobiliste-roi, le gentil automobiliste qui ne demande qu'à circuler sans entraves.

    Mais gageons en effet que le gentil automobiliste est réellement gentil : il m'a lancé un avertissement, soucieux de ma sécurité certainement.

    Chronique de la vie de tous les jours.