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    Cela ne fait que quelques jours que nous devons désormais rouler à 80 km/h sur les routes. Pas les voies rapides et les autoroutes, les amis, calmez-vous !

    D'ailleurs, il suffit de quelques jours pour se rendre compte qu'en effet, on se calme sur la route.

    Je suis en vacances cette semaine. Je me balade à la campagne, et j'ai donc l'occasion de tester les 80 km/h.

    Et je constate avec plaisir que les nombreux hurluberlus ( euh, en fait 90% des gens ) qui me collaient le pare-chocs quand je restais calé à 90 km/h ont quasiment disparu.

    Je suis même agréablement surpris.

    La seule mesure intéressante de notre Président Macron semble porter ses fruits : calmer les gens sur la route. Cela veut dire ralentir, prévenir, diminuer le risque d'accidents, lesquels ont surtout lieu sur ces routes de campagne qu'on connait si bien.

    Bien sûr que cette mesure est politique, et quelque part hypocrite : le gouvernement y voit là une belle occasion de faire de l'argent ! C'est évident. Mais...

    Ne tient-il pas qu'à nous de ne pas lui faire plaisir, à ce gouvernement de financiers ?

    Roulez cool ! Ecoutez de la musique. Regardez les vaches. Réfléchissez  à la vie. Prenez le temps.

    Et vous ne vous ferez jamais flasher. Et vous serez moins stressé. Et ce sera moins dangereux pour tout le monde !

    Forcément, si vous considérez que vous n'avez pas le temps pour ces conneries... Bah oui, y aura toujours le conducteur zélé, qui n'a pas le temps, ah non : " j'ai pas le temps, je bosse moiiiiii, faut que je douuuuuuuuuuuble, viiiiiiiiiite !!!!! "

    Et le pire, c'est que c'est le même conducteur qui va pester parce qu'il s'est fait flasher par le radar. Tu creuses un trou, le mec il saute dedans.

    Celui-là, quand c'était 90, il roulait à 110. Histoire d'être le roi de la route quoi. Eh bien maintenant, il roulera à 100 au lieu de 80. C'est toujours ça de gagné, non ? Et puis il continuera de remplir les caisses de l'Etat, en bon volontaire. Et il continuera de se plaindre.

    Doit-on laisser la route à ce genre de conducteur qui se fout des autres ?

    C'est pour ça que j'applaudis cette mesure des 80km/h, comme je disais plus haut, la seule mesure valable du gouvernement Macron.

    Tout va trop vite dans notre société.

    Ralentissons. Commençons par la route !


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    Heureusement, je suis enregistré dans un fichier. On va retrouver ma trace. Constater que ma gueule est bien celle sur la photo. Constater que je suis bien celui que je dis être. Constater que je suis bien né ici. Constater que je suis digne de vivre dans mon pays.

     

    Heureusement, j'ai une famille qui m'a fait naître ici. On me connaît, j'ai des amis. J'ai étudié ici, décroché des diplômes. J'ai donc une certaine valeur. Je suis digne de vivre dans mon pays.

     

    Heureusement, je parle assez correctement ma langue. On me comprend. Je peux communiquer avec les autres. Je peux lire les journaux, des livres. Je suis digne de vivre dans mon pays.

     

    Je suis français. J'ai donc une certaine valeur. Et je suis digne de vivre dans mon pays.

     

    Je n'ai rien à prouver. Je n'ai aucun mérite particulier. Je peux être un gros con, stupide, violent, misogyne, raciste, je reste un français. J'ai donc une certaine valeur. Je suis digne de vivre dans mon pays.

     

     

    Qu'ont-ils donc ces étrangers, à venir en masse, par bateau, chez moi ?

    Je ne les connais pas. Ils n'ont pas de papiers. Pas de fichiers enregistrés à leurs noms. Pas de photos de photomaton.

    Ils n'ont pas de famille ici. Pas d'amis. Ils n'ont rien. Ils ne sont rien.

    Ils ne parlent pas ma langue. Je ne les comprends pas. Ils ne savent même pas lire un journal de mon pays.

    Ils sont étrangers. Ils peuvent être bons, pacifiques, dévoués, humains. Ils n'ont aucune valeur.

    Ils ne sont pas dignes de vivre dans mon pays.

     

     

     


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    Inconscience collective ?

     

    Non, c'est pas possible ça. Aujourd'hui, plus personne ne peut décemment dire : " Oh bah merde, je savais pas ! "

    Non, ça c'est pas possible. On est tous le nez collé à des écrans à regarder des infos. Tous les jours. Tout le temps.

    On sait que, en 2018 :

    - Y a toujours des enfants qui travaillent dans des pays qui nous vendent plein de trucs, comme des chaussures et des vêtements.

    - Y a toujours des enfants qui meurent de faim.

    - Y a toujours des dictateurs dirigeant les pays qui vendent pétrole, gaz et autre lithium. A nous.

    - Y a toujours des guerres tuant des civils dans ces mêmes pays.

    - Y a toujours des pays qui polluent en masse.

    - Y a toujours des gens qui consomment pour consommer.

    - Y a toujours une poignée de gens qui font leur richesse sur la pauvreté d'une majorité d'autres gens.

    - Y a toujours des femmes violées et battues.

    - Y a toujours des hommes qui dominent d'autres hommes.

    Et on sait que tout ça, c'est lié.

    Tout est lié.

    Et quand on me lit, on se dit " mais putain, et alors, j'y peux quoi MOI ?! "

    Nos gouvernants, de longue date, ont gravé dans nos têtes le si sempiternel " CHACUN SA MERDE ".

    Bah oui, c'est ça le libéralisme : chacun sa merde.

    Tu réussis ( dans le sens libéral, c'est à dire gagner plein, plein de fric ), tant mieux pour toi, bravo !

    Tu échoues ( dans le sens libéral, t'es chômeur ou smicard ), bah t'es une merde, et tu fais chier, car tu nous coûtes du fric, alors qu'il suffirait que tu te bouges le cul pour devenir riche !

    Donc, forcément, quand vous partez de tels postulats, la faim dans le monde, les enfants qui bossent, les migrants... Bah c'est leur problème.

    Pourquoi avoir une conscience collective ? On va aider tout le monde ? Non. On peut pas.

    Donc : chacun sa merde.

    Diantre ! Y a peut-être un juste milieu entre cette maxime puante et se dévouer totalement aux autres, non ?

    Avoir une conscience collective, selon moi, c'est accepter que nos actes, nos choix du quotidien, ont un impact sur la vie des autres.

    Alors, avoir une conscience collective, ça ne veut pas forcément dire se transformer en Mère Teresa, abandonner son confort acquis, oublier ses passions et se dédier uniquement aux autres.

    Non.

    C'est réfléchir un tant soit peu à nos actes, les remettre en cause. Faire autrement si c'est possible.

    Pour ça, il faut se renseigner. Se tenir au courant des événements géopolitiques. S'intéresser aux différentes cultures. Comprendre l'Histoire, ses tenants et aboutissants.

    C'est passionnant pour les uns.

    C'est un effort pour les autres.

    Une corvée pour certains.

    Voire une perte de temps.

    Tout est fait dans cette société libérale pour vous détourner de cette remise en question pourtant saine.

    Pensez à vous d'abord, surpassez les autres, et vous serez heureux. Les autres... Bah ils n'ont qu'à faire de même.

    Comme ça, vous consommez sans vous poser de questions.

    Et vous oubliez la conscience collective.

    Celle qui vous dit :

    - Tiens, je pourrais acheter des vêtements fabriqués dans le respect des droits de l'Homme.

    - Tiens, je pourrais trouver cet objet que je désire par des circuits de recyclage, de réemploi, plutôt que d'aller l'acheter neuf dans un grand magasin qui produit à outrance, tout en étranglant les petits producteurs, à coups de marges énormes.

    - Tiens, je pourrais boycotter cette marque qui maltraite ses salariés.

    - Tiens, je pourrais signer cette pétition pour contribuer à cette cause humaine et ainsi faire entendre ma voix parmi tant d'autres.

    - Tiens, je pourrais PENSER PAR MOI-MÊME.

     

    Tiens... Je pourrais être ACTEUR de mon monde, et plus seulement spectateur.


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    L'oisiveté.

    Oh que non, on n'aime pas les gens oisifs à notre époque.

    Les glandeurs. Les trainards. 

    Ils prennent leur temps. Ils se la coulent douce. Ils sont à la masse.

    Alors qu'il faut aller vite, car tout va vite dans notre société de consommation ! 

    Y a pas le temps ! On traine pas ! 

    Eh oui, qui glande est vu comme quelqu'un de peu courageux, de pas volontaire.

    D'ailleurs, personne n'aime être taxé de glandeur, n'est-ce pas ?

    Mais... Ça veut dire quoi glander, trainer ? 

    Ça veut aussi dire prendre le temps. Ne pas regarder l'heure. Passer une journée dans le canapé devant une série TV. Ne pas aller chercher le courrier. Ne pas aller faire les courses. N'avoir rien de prévu ce weekend.

    Est-ce forcément négatif ? 

    Non. Prenons, si on le souhaite, le temps de vivre. Extirpons-nous à l'envie de la course effrénée au gain et aux nouveaux besoins. 

    Que celui qui aime ce challenge sans fin s'y adonne, en laissant tranquille celui qui veut s'en tenir éloigné. 

    Mais les bien-pensants qui nous dirigent ne l'entendent pas ainsi. 

    C'est bien la société néolibérale, consumériste, qui nous force à voir notre quotidien par le seul prisme de l'activité professionnelle. 

    Et au boulot, bah... Il faut être au taquet, toujours. Pour gagner du temps, de l'argent, battre le concurrent, impressionner son boss, monter en grade ! 

    Alors, on a transposé cette vision à la vie quotidienne. Soyons rentables et productifs dans notre gestion du temps, pour ne rien louper, pour être à la page, pour être dans le mouvement, toujours ! Sinon, on devient has been. On n'est pas dans le coup. On est largué. 

    Mais ça n'est pas suffisant : il faut aussi courir après l'information. Etre au courant de tout, en temps réel. 

    Quoi, t'as pas vu ce qui est arrivé l'autre jour ?! Euh non j'ai pas vu les infos. Comme les événements s'enchaînent vite, il faut suivre, et rester à l'affut. Pas moyen de décrocher.

    Oui, la course à la productivité inhérente au monde du travail vient s'insinuer jusque dans notre façon de vivre au quotidien.

    Ainsi, on ne doit pas trainer. On doit toujours être occupé. On doit toujours avoir un agenda rempli. Au boulot comme dans la vie. 

    Qui ne " fait rien " est un glandeur, dans le sens le plus négatif qui soit. Il est passif. La passivité, brrr, un mot détesté à notre époque.

    Qui a toujours une sortie, un projet, est applaudi, valorisé. Qui court sans arrêt après une tâche est un exemple. Il est actif ! 

    Et c'est bien l'activité professionnelle qui semble définir une personne, de nos jours. 

    Votre métier, vos responsabilités, façonnent votre image face aux autres. 

    Plus vous avez de choses à gérer, plus vous croulez sous les projets, plus vous inspirez le respect. Et de fait, votre salaire est en rapport.

    On vous paie bien. ( Ou alors on se moque de vous ! )

    A l'inverse, moins on vous confie de tâches, moins on vous respecte. Vous choisissez la facilité. Et, de fait, votre salaire est en rapport.

    On vous paie mal. ( Et c'est bien fait, puisque vous ne foutez pour ainsi dire rien de la journée. )

    C'est bien le drame de notre société basée sur l'argent, le gain. Le travail supplante tout le reste. On vous juge au travers d'une activité rémunérée. Qu'elle soit utile ou non, d'ailleurs.

    Si vous êtes bien payé pour effectuer une tâche, c'est forcément respectable.

    Si vous êtes mal payé, vous êtes un raté.

    Si vous n'êtes pas payé, pire encore : vous ne servez à rien, et vous coûtez à la société !

    Ah bon ?

    Quand vous élevez vos enfants, en congé maternité ou paternité, vous contribuez à la société. Vos enfants sont les futurs acteurs, penseurs, citoyens, travailleurs.

    Quand vous êtes artiste, vous contribuez à la société. Vous éveillez les esprits. Vous faites réfléchir. Vous faites du bien aux âmes.

    Quand vous agissez bénévolement au sein d'une association, vous contribuez à la société. Vous aidez des gens à vivre mieux.

    Quand vous aidez un voisin, vous contribuez à la société. Vous favorisez le lien social, vous encouragez l'entraide altruiste. Vous rendez la société meilleure. 

    Mais cela ne se quantifie pas en argent. Cela ne se traduit pas par une montée en grade. 

    Bah non : c'est gratuit.

    Et de nos jours, plus que jamais, on n'aime pas trop tout ce qui est gratuit. 

     

     

     


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    80 km/h. Nouvelle limitation de vitesse à venir sur les départementales et nationales.

    80 km/h pour 80 de QI ?

    Rooh, je suis méchant. Mais non, je ne veux pas dire qu'on doit adapter la vitesse aux compétences mentales des gens... Mais il faut quand même le dire : la plupart des gens roulent comme des CONS. Moi aussi, ça m'est arrivé. Et ça ne m'arrive plus. Non.

    J'ai décidé de ralentir.

    Vous savez, je fais du karting. Je m'éclate sur des circuits. On se respecte entre rivaux, et on se bagarre à coups de dixième de seconde. On fonce ! On se congratule à l'arrivée.

    Et la route, c'est la route. On fait attention à la sécurité de tous, aux panneaux. Des gens arrivent en face. Il y a des enfants dans les bagnoles. Elles peuvent aller très vite, nos bagnoles.

    Alors ce 80km/h, finalement, il me va très bien. Parce qu'il serait bon de ralentir.

    Sur la route, dans nos vies. Au travail.

    Pourquoi foncer tout le temps, courir après le temps, le chiffre d'affaires, le nouveau client, les soldes.

    Pourquoi foncer parce qu'une société consumériste nous exhorte à le faire ?

    Pour enrichir des escrocs en cravate conduits par des chauffeurs ( qui d'ailleurs roulent à 160 km/h au mépris de tous ) ?

    J'ai décidé de ralentir, pour regarder le temps passer, pour réfléchir posément, pour prendre le temps de prendre le temps.

    J'ai décidé de ralentir car je suis bien plus heureux, épanoui, patient, à l'écoute, quand je ne cours pas après une hypothétique carotte.

    J'ai décidé de choisir comment je vis, avec qui.

    Je ne veux plus faire la course aux objets, au dernier smartphone, au dernier écran plat, à la dernière voiture qui se gare toute seule.

    Je veux me regarder dans le miroir et me dire : " Non, je ne suis pas fou. Non, je n'écrase pas les autres pour obtenir un gain. Non, je ne colle pas le pare-chocs d'un véhicule pour gagner une pauvre minute et 45 secondes sur un trajet de 50 kilomètres. Oui, je suis en bonne santé mentale. Oui, j'aime mon prochain et je me réjouis du bonheur des autres. "

    Pour pouvoir se dire ça, il faut : ralentir. Sinon, on devient l'un de ces zombies sans âme, qui courent après un pseudo-bonheur, artificiel, planifié, faux, vain.

    Alors, oui, j'ai décidé de ralentir.

    J'ai décidé de ralentir, sauf au volant de mon kart !

     





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