•  

    Sur un air de Zoufris Maracas, je réfléchis.

    Je réfléchis tout d'abord à notre rapport à la musique.

    Ces notes, ces sons, qui ont tant d'effet sur nous...

    On écoute la musique pour danser.

    Pour être joyeux !

    On écoute la musique pour être ému. Parce qu'on est triste et qu'on veut faire sortir toute cette tristesse, jusqu'à la dernière goutte.

    On écoute la musique pour être en colère ! Pour faire sortir une rage, pour crier.

    On écoute aussi la musique pour découvrir une histoire. Pour tenter de comprendre d'autres cultures, d'autres points de vue.

    La musique, c'est le dialogue. La communication. C'est l'harmonie.

    La musique, c'est pas seulement un divertissement, un plaisir... C'est aussi un moyen de faire fonctionner son esprit. De sortir un peu du cadre. De voyager.

    Et voyager, voilà bien un anti-repli sur soi, à l'heure où les médias font à peu près tout pour nous persuader que l'ennemi est partout, que notre époque est austère.

    Parce qu'on ne peut pas voyager en permanence, alors on le fait à travers la musique.

    ...

    Sur un air de Zoufris Maracas, je réfléchis.

    Sur un air de Zoufris Maracas, je voyage.

    J'ai pas le pied marin, je ne vis pas sur une petite île.

    Je vis sur une grosse île, en forme de boule.

    Une jolie boule bleue !

    Avec plein de petits êtres vivants posés dessus. Qui bougent dans tous les sens. Tous différents.

    Des gros, des petits, des grands, des colorés, des bruyants, des discrets.

    Parmi eux, y a nous, les humains.

    Des gros, des petits, des grands, des colorés, des bruyants, des discrets.

    Ah, les humains. Sûrement l'espèce la plus compliquée de toutes.

    Peut-être aussi la plus passionnante. Capable d'étudier la vie et de la magnifier, capable de la détruire froidement sans états d'âme.

    Sur un air de Zoufris Maracas, je réfléchis.

    On n'est peut-être pas si compliqués, nous, les humains.

    J'aime pas " classer " les gens. Mais aujourd'hui, je vais le faire. Je vais nous classer.

    Deux cases, pas plus.

    Il y a ceux qui veulent vivre parmi d'autres gens heureux. En harmonie. Car l'harmonie, c'est le bonheur de partager ensemble notre existence sur la jolie boule bleue.

    Et il y a ceux qui veulent vivre sans se soucier des autres. Sans harmonie. Car l'harmonie, c'est pas intéressant. L'harmonie, ça rapporte pas d'argent. Et puis, pourquoi s'intéresser à la vie des autres ? La vie, c'est la guerre, la bataille, c'est bousculer l'autre pour avoir sa place.

    Moi, je crois être dans la première case.

    Et vous ?

    ...

    Sur un air de Zoufris Maracas, je réfléchis.

    Je voyage, je partage, je vis avec les autres, en harmonie.

    Zoufris Maracas - Pacifique

     


  •  

    Je sors du travail. Des petites courses à faire ! Je file au supermarché. Oh, ça ne devrait pas être long, pas trop de monde à cette heure-là, et puis j'ai vraiment deux ou trois bricoles à acheter.

    Comme à mon habitude, je marche vite. Je passe la porte automatique du magasin, bien lancé, quand un type en chaise roulante me coupe la route. Gros freinage, arrêté net. 

    Le type est un peu marginal, en mode rocker en cuir. Il sent fort. Je vois que des gens viennent juste de l'éconduire. Que me veut-il ?

    Très poliment, il me dit : " Excusez-moi m'sieur, vous pouvez m'aider à remonter le parking vers la rue ? Ben oui ça monte dur avec mon fauteuil, ils ont fait des travaux... "

    Pendant deux secondes et demi, je pense : " Putain, il me fait chier lui, j'ai pas le temps !!!!! " 

    Les gens autour évitent soigneusement la " zone sensible ", en marchant vite, très vite.

    Le type me regarde avec sympathie. Il n'est pas désagréable, et plutôt souriant. Il sent un peu la vinasse, mais il est souriant.

    Son sourire appelle le mien, alors c'est ok : " D'accord, on y va, j'vous emmène ! Par là ? "

    On roule. Je le pousse pendant qu'il s'explique : " Ah ça monte dur en fauteuil, c'est sympa de me rendre service, je vous fais perdre deux minutes de votre temps, je suis désolé... "

    Voilà, nous y sommes. Plus de côte à grimper, la rue est plate. Et ça n'aura pris que deux minutes, en effet.

    " Merci beaucoup m'sieur, c'est très sympa, encore désolé de vous avoir fait perdre un peu de votre temps ! " me lance t-il en remerciement. Il semble vraiment reconnaissant et désolé de m'avoir accaparé.

    " Non non, aucun souci, y a pas de quoi ! " Que lui répondre d'autre ?

    Que ça m'a emmerdé de le pousser sur tout le parking ? Alors que je comptais faire mes courses vite fait bien fait top chrono ?

    D'ailleurs, il ne m'a pas du tout emmerdé, finalement, ce rocker en fauteuil roulant. 

    Il ne m'a pas foutu en l'air ma journée. J'ai pris deux minutes pour lui filer un coup de main.

    Je fais mes courses, rapidement. La caissière a un nom original, que je n'avais jamais entendu ou lu auparavant, Yvanine. Elle est souriante.

    Je remonte en voiture et file me poser à la maison, c'est vendredi soir, hâte de me reposer avec les ptits loups.

    Je repense au rocker roulant. Lui qui insistait sur le temps perdu à l'aider.

    Qu'est-ce que deux ou cinq minutes dans une vie ?

    On court dans tous les sens, pour ne rien manquer, pour tout faire, pour rentabiliser notre temps.

    Je ne fais pas exception. En arrivant au magasin, j'avais en tête d'être " rentable " dans ma gestion du temps.

    Pour ne pas perdre ici ce que je peux gagner là.

    Et si vouloir gagner du temps en permanence nous faisait finalement perdre du temps de vivre ?

    Parfois, perdre du temps, c'est en fait prendre le temps.

    Il m'a fait marrer ce type en fauteuil. Il m'a rassuré sur ma connexion au monde réel, celui du monsieur tout le monde, celui de la rue, dans lequel on croise de tout, des gens différents, des gens qui nous parlent, des gens qui nous prennent de notre temps.

    J'aimerais bien davantage prendre le temps de prendre le temps. Moins foncer partout en quête de minutes.

    Voilà bien une solution pour réussir cela : regarder les autres, vivre avec les autres, les laisser nous voler des minutes.

    Des vraies minutes de vie.

    Au volant de ma voiture, je suis pensif. Une anecdote à raconter, me dis-je.

    Grr, ça bouchonne devant. Il peut pas avancer, le gars devant avec son gros monospace ?! Pousse-toi de là, j'ai pas le temps moi !

    ...

    J'ai encore du boulot. Sur moi-même.

      

     


  •  

    Bon, déjà, demain c'est quand ?

    C'est dans 200 ans ? Dans 20 ans ? La semaine prochaine ? Ou vraiment demain ?

     

    Quand je dis l'Homme, vous aurez bien noté le H, majuscule !

    L'Homme, quel que soit son sexe, femme, homme ou transsexuel.

    L'Homme, en tant qu'être humain.

    Etre humain, qu'est-ce que ça veut dire au fait ?

    Bon, j'arrête de balancer des questions dans tous les sens sans y répondre, en me la jouant philosophe à deux balles.

    Je reviens au sujet abordé. Au titre : " L'Homme de demain "

     

    L'Homme de demain, je voudrais qu'il soit... A l'écoute.

    C'est pour moi le principal défaut de nous autres bipèdes si intelligents, façonnant le monde à notre image, sans la moindre limite.

    Un monde devenu une machine à produire, du fric et des objets. Du fric et des objets. Du fric et des objets.

    Du fric et des objets devenus une fin. Alors qu'ils ne sont que des moyens. Des moyens de vivre ensemble, en société, en bonne intelligence, en s'écoutant les uns les autres.

    Mais...

    Nous n'écoutons pas. Nous n'écoutons ni nos semblables, ni la nature qui nous envoie mille messages, messages de bienveillance ou de mise en garde.

    Nous nous évertuons à foncer tête baissée vers on ne sait quoi, parce qu'on nous a appris qu'il fallait foncer tête baissée vers on ne sait quoi.

    On consomme, toujours plus. On accumule, toujours plus. On cherche à posséder, toujours plus.

    Et on n'écoute pas le monde.

    Le monde nous parle pourtant en permanence, nous offrant tant de merveilles, non tarifées, pas en solde, juste là, gratuites et à disposition.

    Mais nous préférons l'immédiateté d'un achat, d'un divertissement vite consommé, et on passe au suivant, frénétiquement.

    On ne prend pas le temps d'écouter, de s'écouter soi-même. On suit le mouvement.

    C'est pratique de suivre le mouvement, ça évite de se poser des questions.

    C'est pratique de ne pas se poser de questions, ça évite de se remettre en cause.

    Et ne pas se remettre en cause, c'est continuer à foncer tête baissée vers on ne sait quoi.

     

    Oui, vous êtes bien sur " L'optimisme est de rigueur ", sans nul doute.

    Je suis farouchement optimiste, mais aussi méchamment impatient.

     

    Impatient de faire connaissance avec l'Homme de demain.

    Impatient d'être à demain.

     

    Et demain, ça peut être vraiment demain.

    Demain, on ne sera toujours pas parfait.

    Demain, on ne sera pas plus gentil, pas plus moral qu'hier.

    Demain, on fera toujours des erreurs.

    Mais demain, on peut enfin se mettre à écouter.

    Ecouter le voisin, écouter les oiseaux, écouter le silence, écouter son esprit.

    Ecouter ses envies, écouter les envies d'autrui, et cesser enfin de foncer tête baissée vers on ne sait quoi.

    Ecouter la différence, écouter l'étranger, écouter l'enfant, écouter l'animal.

    Demain, on peut se mettre à prendre le temps. Prendre le temps de savoir qui on est, comment l'on vit, avec qui, où.

    Demain, on se remet en question, on met tout sur la table.

    Demain, on n'attend pas d'être à demain pour changer !

     

    Demain, c'est vraiment demain.

     


  •  

     

    Les gens, tu leur dis qu'il y a quelques milliers de milliards de dollars planqués dans des paradis fiscaux, ils continuent de regarder de travers le voisin qui " se la coule douce " sans bosser en touchant son RSA de 500 euros par mois.

     

    Les gens, tu leur dis que nos dirigeants sont des escrocs, des êtres corrompus, ils continuent de les élire, élection après élection.

     

    Les gens, tu leur dis que quand ils font les soldes, ils contribuent à l'esclavage de miséreux et d'enfants dans les pays pauvres, ils continuent de se ruer dans les magasins pour acheter moins cher, et acheter beaucoup.

     

    Les gens, tu leur dis que la planète est polluée et qu'on peut y remédier, ils continuent de rêver d'un gros 4x4 qui consomme 20 litres aux 100 kilomètres, avec lequel ils n'iront jamais rouler sur des chemins de terre.

     

    Les gens, tu leurs dis que c'est dangereux de rouler vite, ils continuent d'ignorer les limitations de vitesse et de coller le pare-choc du véhicule devant, tels des rois de la route.

     

    Les gens, tu leur dis que si les migrants débarquent chez nous en nombre, c'est parce qu'on exploite depuis des décennies leurs richesses chez eux, ils te répondent qu'ils n'y peuvent rien, que c'est pas leur problème.

     

    Les gens, une fois que tu les as bien gavés, à leur balancer tout ça à la figure, ils te laissent tout seul.

     

    Ils regardent les infos à la télé.

    Ils se disent " Mais où va le monde ? Ces enfants qui travaillent, ces guerres, cette crise économique, cette pollution, ce chômage... "

     

    Le monde, il va exactement où on le mène.

     

    Et c'est uniquement TA faute.

     

     


  •  

    Tout seul au cinéma. Est-ce que cela vous est déjà arrivé ?

    Il y a encore peu, cela me semblait inimaginable. Aller seul voir un film au cinéma, quelle idée.

    S'installer dans son siège, entouré de couples, de groupes d'amis, tous en grande conversation pendant les bandes-annonce et les publicités. Attendre que les lumières s'éteignent enfin pour que personne ne remarque que ce type, là, moi, est venu au cinéma, seul.

    Que va t-on penser ? Il n'a pas d'amis. Pas de vie sociale. Pas de famille.

    Au point de sortir seul.

    Le " qu'en dira t-on ? " constitue une hantise terrible dans notre société du paraître.

    Pourtant, j'en ai des amis. Une vie sociale. Une famille.

    Mais voilà, pas toujours facile de se croiser, les uns les autres face à nos horaires de travail, notre vie de famille, nos occupations personnelles. Sans parler de l'éventuelle distance géographique qui complique encore la tâche.

    Comment fait-on, dès lors, quand on adore aller au cinéma, mais que personne n'est jamais libre ?

    On n'y va pas.

    Ou alors on y va, en faisant fi des regards. Après tout, peut-être bien que tout le monde s'en fout, du type venu tout seul au cinéma.

    Peut-être qu'on se donne trop d'importance, face aux autres. On croit parfois devoir assumer des regards qui n'existent que dans notre tête.

    Et quand bien même ces regards seraient réels, l'essentiel n'est-il pas d'être en accord avec soi-même ?

    J'ai envie de voir ce film, personne n'est libre, alors j'y vais seul. Point !

    La clé du bonheur se trouve sans doute là.

    Apprécier sa propre compagnie, comme on apprécie celle d'un ami.

    Etre son propre ami.

    On a besoin des autres, selon moi. C'est à travers autrui que l'on s'accomplit, parce que l'être humain est fait pour ça, pour vivre avec ses semblables.

    Cela n'empêche nullement d'apprécier la solitude, de temps à autre. C'est même très sain. Se retrouver avec soi-même. Pour mieux retrouver les autres, le monde extérieur.

    C'est relativement facile de trouver un peu de solitude, chez soi, en mode je glande, même pas habillé, vautré dans le canapé, devant un film, avec un bon livre, ou en ne faisant tout simplement rien.

    Encore que. La vie de famille vous prive parfois de ces moments nécessaires, pendant lesquels on peut ne penser qu'à soi.

    Il est alors très tentant de s'en extirper. En allant seul au cinéma par exemple ?

    Voilà que j'y ai pris goût. S'installer dans son siège, lire un journal, sans s'inquiéter de ce que pensent les autres.

    Je viens voir un film, avec un super ami : moi-même.

    Ne fait-on pas du sport seul, parfois ? Pour son propre bien-être. Pour passer du temps avec soi-même.

    En ces temps perturbés par des conflits d'ordre idéologique, confrontés à un écroulement des valeurs simples de la vie, au profit de l'individualisme et de l'accumulation de biens, il serait bon de revenir à l'essentiel : prendre soin de sa petite personne, si anonyme soit-elle.

    N'est-ce pas une forme d'individualisme ?

    Je n'en crois rien.

    Ne confondons pas individualité et individualisme.

    C'est fou, à notre époque, beaucoup trop d'entre nous servent cet individualisme sinistre, qui nous sépare, nous divise, constituant un véritable nid à conflits.

    Alors que dans le même temps, les mêmes personnes piétinent littéralement leur individualité, n'affirmant jamais leurs goûts, leurs envies, leurs rêves. Ils se contentent de suivre. De ressembler. Ils s'assurent de ne pas se faire remarquer. Surtout pas.

    Trop à perdre : statut social, réputation, biens matériels, la base de la société consumériste.

    Rien à gagner : être soi-même, amour-propre, remise en question, réflexion, rêve, tout ça ne rapporte rien.

    J'irais bien voir un film, cette semaine.

    Seul, ou accompagné. Le plaisir sera grand dans les deux cas !

     





    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique