• Tout seul au cinéma

     

    Tout seul au cinéma. Est-ce que cela vous est déjà arrivé ?

    Il y a encore peu, cela me semblait inimaginable. Aller seul voir un film au cinéma, quelle idée.

    S'installer dans son siège, entouré de couples, de groupes d'amis, tous en grande conversation pendant les bandes-annonce et les publicités. Attendre que les lumières s'éteignent enfin pour que personne ne remarque que ce type, là, moi, est venu au cinéma, seul.

    Que va t-on penser ? Il n'a pas d'amis. Pas de vie sociale. Pas de famille.

    Au point de sortir seul.

    Le " qu'en dira t-on ? " constitue une hantise terrible dans notre société du paraître.

    Pourtant, j'en ai des amis. Une vie sociale. Une famille.

    Mais voilà, pas toujours facile de se croiser, les uns les autres face à nos horaires de travail, notre vie de famille, nos occupations personnelles. Sans parler de l'éventuelle distance géographique qui complique encore la tâche.

    Comment fait-on, dès lors, quand on adore aller au cinéma, mais que personne n'est jamais libre ?

    On n'y va pas.

    Ou alors on y va, en faisant fi des regards. Après tout, peut-être bien que tout le monde s'en fout, du type venu tout seul au cinéma.

    Peut-être qu'on se donne trop d'importance, face aux autres. On croit parfois devoir assumer des regards qui n'existent que dans notre tête.

    Et quand bien même ces regards seraient réels, l'essentiel n'est-il pas d'être en accord avec soi-même ?

    J'ai envie de voir ce film, personne n'est libre, alors j'y vais seul. Point !

    La clé du bonheur se trouve sans doute là.

    Apprécier sa propre compagnie, comme on apprécie celle d'un ami.

    Etre son propre ami.

    On a besoin des autres, selon moi. C'est à travers autrui que l'on s'accomplit, parce que l'être humain est fait pour ça, pour vivre avec ses semblables.

    Cela n'empêche nullement d'apprécier la solitude, de temps à autre. C'est même très sain. Se retrouver avec soi-même. Pour mieux retrouver les autres, le monde extérieur.

    C'est relativement facile de trouver un peu de solitude, chez soi, en mode je glande, même pas habillé, vautré dans le canapé, devant un film, avec un bon livre, ou en ne faisant tout simplement rien.

    Encore que. La vie de famille vous prive parfois de ces moments nécessaires, pendant lesquels on peut ne penser qu'à soi.

    Il est alors très tentant de s'en extirper. En allant seul au cinéma par exemple ?

    Voilà que j'y ai pris goût. S'installer dans son siège, lire un journal, sans s'inquiéter de ce que pensent les autres.

    Je viens voir un film, avec un super ami : moi-même.

    Ne fait-on pas du sport seul, parfois ? Pour son propre bien-être. Pour passer du temps avec soi-même.

    En ces temps perturbés par des conflits d'ordre idéologique, confrontés à un écroulement des valeurs simples de la vie, au profit de l'individualisme et de l'accumulation de biens, il serait bon de revenir à l'essentiel : prendre soin de sa petite personne, si anonyme soit-elle.

    N'est-ce pas une forme d'individualisme ?

    Je n'en crois rien.

    Ne confondons pas individualité et individualisme.

    C'est fou, à notre époque, beaucoup trop d'entre nous servent cet individualisme sinistre, qui nous sépare, nous divise, constituant un véritable nid à conflits.

    Alors que dans le même temps, les mêmes personnes piétinent littéralement leur individualité, n'affirmant jamais leurs goûts, leurs envies, leurs rêves. Ils se contentent de suivre. De ressembler. Ils s'assurent de ne pas se faire remarquer. Surtout pas.

    Trop à perdre : statut social, réputation, biens matériels, la base de la société consumériste.

    Rien à gagner : être soi-même, amour-propre, remise en question, réflexion, rêve, tout ça ne rapporte rien.

    J'irais bien voir un film, cette semaine.

    Seul, ou accompagné. Le plaisir sera grand dans les deux cas !